Pourquoi les agences de placement dans le réseau de la santé sont désormais encadrées
Les agences de placement dans le réseau de la santé sont les entreprises qui fournissaient, contre des honoraires, du personnel soignant ou de soutien aux établissements publics et à d’autres milieux de soins du Québec. Depuis 2023, une loi et un règlement limitent fortement ce recours, avec pour objectif de mettre fin à l’utilisation des agences et de la main-d’œuvre indépendante dans le secteur de la santé et des services sociaux.
La raison est connue du public : pendant des années, des établissements en manque de personnel ont fait appel à des agences pour combler leurs horaires, à des tarifs élevés et avec une rotation importante. Cela a nourri des tensions avec les équipes en place, qui voyaient des collègues d’agence gagner davantage pour des tâches semblables.
Si vous cherchez un travail temporaire, retenez donc que le placement par agence vers un hôpital ou un centre d’hébergement public n’est plus la voie ordinaire. D’autres secteurs, comme les bureaux, les entrepôts, la production ou le commerce, continuent de faire appel à des agences titulaires d’un permis.
Agences et main-d’œuvre indépendante : deux ressources visées
Le cadre adopté en 2023 vise à la fois les agences de placement de personnel et la main-d’œuvre indépendante, c’est-à-dire les professionnels qui offrent leurs services à titre de travailleurs autonomes à plusieurs établissements. Les deux formules sont traitées ensemble parce qu’elles répondent au même besoin : pourvoir des postes de façon ponctuelle, hors de la structure d’emploi normale du réseau.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié un guide d’application qui explique le règlement entré en vigueur le 16 octobre 2024. Il précise notamment que les règles concernent les contrats de location de personnel, et non les services achetés, comme le travail d’un consultant ou d’un plombier pour un mandat défini.
Pour un candidat, ce détail est utile : un statut de travailleur indépendant ne contourne pas la restriction quand l’activité consiste, dans les faits, à louer ses services comme personnel à un établissement visé.
Échéances par région pour la santé et les services sociaux, jusqu’au 18 octobre 2026
La fin du recours aux agences est progressive et dépend du lieu de l’établissement, non du siège de l’agence. Selon Québec.ca, trois étapes ont été prévues :
- Au plus tard le 1er avril 2025 : Capitale-Nationale, Montréal, Chaudière-Appalaches, Laval et Montérégie.
- Au plus tard le 19 octobre 2025 : Saguenay–Lac-Saint-Jean, Mauricie et Centre-du-Québec, Estrie, Lanaudière et Laurentides.
- Au plus tard le 18 octobre 2026 : Bas-Saint-Laurent, Outaouais, Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Nord-du-Québec, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et Nunavik.
En novembre 2026, la dernière de ces dates est passée. Les établissements visés ne peuvent donc plus, en règle générale, recourir à ces services, sous réserve des exceptions prévues, qui touchent par exemple les ressources de type familial, les maisons de soins palliatifs, certaines institutions religieuses et plusieurs organismes du Nord.
Établissements de santé et de services sociaux concernés
La restriction vise les établissements publics, les établissements privés conventionnés et les résidences pour aînés de plus de 15 unités locatives. Santé Québec, qui regroupe les établissements publics, est l’un des principaux prestataires visés.
Cela signifie qu’une agence ne peut plus vous proposer de mission dans un CHSLD public, un hôpital ou un centre de réadaptation de ces catégories. En revanche, la loi ne vise pas, par exemple, une résidence pour aînés de 15 unités locatives ou moins.
Les agences de placement dans le réseau de la santé doivent donc savoir où se trouve chaque client. Avant d’accepter une proposition d’une agence pour un milieu de soins, demandez le nom exact de l’établissement et son statut. Si vous avez un doute sur l’application de la loi à ce lieu, le ministère de la Santé et des Services sociaux est l’interlocuteur compétent, et un formulaire de plainte en ligne existe pour signaler un manquement.
Obligations des agences de placement de personnel encore actives
Là où le recours reste possible, ou pendant les périodes de transition, le guide du ministère décrit des obligations strictes pour les agences. Elles ne peuvent fournir que des personnes qu’elles emploient directement, doivent remettre une carte d’identité à leur personnel, assumer à leurs frais la vérification des antécédents et couvrir le coût de l’orientation. Des taux horaires maximaux s’appliquent à certains titres d’emploi, et les majorations pour heures supplémentaires sont interdites quand un taux maximal s’applique.
Les clauses de non-concurrence sont nulles, ce qui protège le travailleur qui souhaite passer ensuite à un poste direct dans un établissement. Les qualifications doivent correspondre à celles du titre d’emploi selon la nomenclature nationale : une personne non qualifiée ne peut pas être présentée pour un poste de soins.
Les agences doivent aussi produire des comptes rendus trimestriels au ministre, indiquant notamment les heures travaillées et les honoraires. Ce suivi sert à documenter l’évolution de la dépendance du réseau.
Cas particuliers : anciens employés, étudiants et stagiaires
Le guide du ministère prévoit des règles qui touchent directement les parcours individuels. Une personne qui vient de quitter un établissement ne peut généralement pas y être replacée par une agence pendant l’année qui suit. L’intention est d’éviter que des employés démissionnent pour revenir à meilleur prix par un intermédiaire.
Pour les agences de placement dans le réseau de la santé, les étudiants et les stagiaires ne peuvent pas non plus être fournis comme travailleurs pour des fonctions qu’ils ne sont pas qualifiés pour exercer. Un étudiant en soins infirmiers qui n’est pas encore membre de l’ordre ne peut donc pas être placé sur un poste d’infirmière par une agence.
Ces limites visent à protéger les patients et la stabilité des équipes. Elles expliquent aussi pourquoi certaines offres de « soins à domicile temporaires » ou de « dépannage en CHSLD » provenant d’agences méritent d’être examinées avec prudence.
Chercher un emploi en santé quand le travail temporaire par agence recule
Pour les personnes qui visent un poste de préposé, d’infirmière, d’infirmier auxiliaire, d’agent administratif ou de cuisinier en milieu de soins, la porte d’entrée principale est désormais l’embauche directe par l’établissement. Les offres d’emploi paraissent sur les portails des établissements publics et sur ceux de Santé Québec, avec des statuts de poste variés, y compris des postes à temps partiel et des listes de rappel.
Cette voie a des avantages : conditions négociées par convention collective, avantages sociaux, ancienneté reconnue, possibilités de mutation. Elle a aussi des exigences, comme la vérification des antécédents, le respect des calendriers de recrutement et, pour les professions réglementées, l’inscription à l’ordre professionnel.
Les agences de placement dans le réseau de la santé ne sont plus la porte d’entrée habituelle, mais il reste possible de travailler pour une agence de placement de personnel dans des secteurs voisins : soutien administratif d’une entreprise privée, nettoyage industriel, service alimentaire collectif. Précisez à votre recruteur vos préférences pour éviter de recevoir des offres qui ne correspondent pas à vos attentes.
Comment repérer une offre qui ne respecte pas le cadre
Quelques signaux doivent vous alerter lorsqu’une offre de travail temporaire cible un milieu de soins. Une agence qui promet du travail dans un hôpital public de Montréal ou de Québec, alors que l’échéance est passée depuis 2025, doit pouvoir expliquer sur quel fondement elle agit. Une offre qui exige un paiement, qui demande de signer un engagement d’exclusivité ou qui vous incite à vous déclarer travailleur autonome pour un poste en fait salarié doit également être questionnée.
Vérifiez que l’agence figure sur la liste des titulaires de permis de la CNESST, demandez le nom du client avant de vous engager et conservez toutes les communications. En cas de doute, appelez le service d’information de l’établissement visé ou adressez-vous au ministère.
Les règles continuent de changer : le guide cité a déjà été remplacé et amendé, et d’autres modifications peuvent survenir. Pour une décision précise, appuyez-vous toujours sur la version la plus récente publiée par le ministère.
Questions fréquentes
Une agence peut-elle encore m’envoyer travailler dans un hôpital public ?
En règle générale, non. La loi de 2023 et son règlement mettent fin au recours aux agences dans les établissements publics, avec des échéances régionales dont la dernière était le 18 octobre 2026, et quelques exceptions.
Les résidences pour aînés sont-elles visées ?
Oui, celles de plus de 15 unités locatives, en plus des établissements publics et des établissements privés conventionnés, selon Québec.ca.
Puis-je me faire passer pour travailleur autonome afin de travailler dans un établissement ?
La main-d’œuvre indépendante est visée au même titre que les agences. Si l’activité consiste à louer vos services comme personnel à un établissement visé, la restriction s’applique et il faut s’informer auprès du ministère.
Où trouver un emploi en santé maintenant ?
Auprès des établissements eux-mêmes, par l’embauche directe, et auprès de Santé Québec. Les agences de placement de personnel demeurent actives dans d’autres secteurs, comme les bureaux et la logistique.
